L'inauguration de la Tour Eiffel a eu lieu le 31 mars 1889, juste après la fin de la construction de la structure métallique. Les ouvriers travaillaient encore dessus, mais c'était pour la pose des machineries et l'installation des ascenseurs, plus certaines finitions, par-ci par-là. Mais le principal, l'ossature, était terminée. Au sommet se dressait la hampe prête à recevoir le drapeau tricolore, ce qui était le symbole de l'inauguration officielle.
Discours de Mr Eiffel
Mes chers amis,
Je viens d'éprouver une grande satisfaction, celle d'avoir fait flotter notre drapeau national sur le plus haut édifice que l'homme ait jamais construit.
Nous voici au bout de notre tâche; mais, pour l'atteindre, que d'efforts ont été faits par nous tous, soit comme intelligence, soit comme travail! Que de constance il nous a fallu, à moi et à mes collaborateurs immédiats, pour préparer et coordonner le travail, à vous pour l'exécuter au milieu des intempéries, par le froid et le vent que vous avez si souvent bravés sur ce haut sommet ! Mais nous sentions qu'engagés dans cette voie, il n'y avait pas à reculer, et qu'ayant promis de réaliser une œuvre souvent tentée ou rêvée, mais jamais encore exécutée par aucun peuple, nous devions tenir notre parole, sous peine de compromettre une partie de l'honneur national.
Cette parole, la voilà tenue, grâce à un concours de dévouements auquel je dois rendre un public hommage, et je suis sûr que vous vous y associerez.
Je citerai tout particulièrement mes fidèles collaborateurs, MM. Nouguier, Kœchlin, Salles et Gobert, votre chef M. Compagnon, dont je nai plus à faire l'éloge, et son second M. Milon, dont l'énergie et la prudente habileté nous ont rendu tant de services dans les montages difficiles. Je vous parlerai aussi de notre personnel des ateliers de Levallois, de nos nombreux dessinateurs, dirigés par leur excellent chef M. Pluot, de vos camarades, à la tête desquels se trouvent MM". Letourneau, Pentecôte et Gagnot. C'est grâce à leur soin et à leur habileté que les pièces arrivaient assez bien préparées pour que leur montage pût toujours s'effectuer dans des conditions réellement faciles.
Je n'oublierai pas non plus M. Sauvestre, notre architecte, qui nous a apporté son excellent concours pour assurer la beauté de notre œuvre.
Je dis notre œuvre; en effet, c'est bien une œuvre qui nous est commune à tous et dont nous pouvons être fiers d'être les collaborateurs à des degrés divers. Vous y avez tous mis ce quelque chose qui ne se paye pas, ne s'achète pas, ne se vend pas ; je veux parler du dévouement à l'œuvre elle-même, sans lequel aucune grande chose n'est possible. C'est ce dont je vous remercie aujourd'hui et dont je conserverai toujours le souvenir. Vous le garderez aussi, j'en suis sûr, car vous avez la fierté de votre travail et vous voyez les témoignages de sympathies qui vous ont été donnés par la présence des éminentes personnalités qui nous entourent.
Vous vous rappellerez toujours les grands efforts que nous avons faits en commun pour montrer à tous que, soît par ses ingénieurs, soit par ses ouvriers, la France tient encore une grande place dans le monde et que nous sommes toujours capables de réussir là où les autres ont échoué, et cela au grand honneur de la France et de la République.