vendredi 20 mars 2020

CORONAVIRUS: COMMENT LES DEMOCRATIES FINISSENT.......



Coronavirus : comment les démocraties finissent… (journal de bord)

Le coronavirus contamine tout, même les têtes, même l'envie de démocratie. Deuxième épisode de mon journal de bord sur Paris, cité interdite.


Paris entre peu à peu dans l’épidémie du coronavirus, et l’épidémie du coronavirus entre peu à peu dans Paris. Ce matin, nous n’étions pas encore confinés, mais des files d’attente, espacées d’un mètre comme le veut la règle de confinement, piétinaient en silence devant chaque supermarché ouvert, donnant à la ville une étouffante atmosphère de crise. Les gens se regardent, et parfois échangent un air de patience, de résignation, de lassitude complice. 
Jamais on a ressenti aussi vivement l’apartheid à Paris. Les Parisiens natifs respectent assez spontanément la discipline exigée par les autorités. Les allochtones semblent s’en détacher, comme si la maladie était au-dessus de leurs préoccupations quotidiennes. À la Goutte d’Or, il a fallu déployer des policiers pour que les magasins africains fassent respecter les règles et pour que les clients se plient aux principes du confinement. 
Deux villes se côtoient, avec leurs visions très différentes du monde, même si, officiellement, il est interdit d’en parler sous peine d’être taxé de racisme. Mais il est un fait que la discipline collective est une affaire d’Européens. À côté de la maison, le chantier Ronald MacDonald a continué à faire trembler les murs jusque tard dans l’après-midi. Il n’est mené que par des Subsahariens. Deux villes, deux mondes, deux cultures, deux civismes se superposent sans se croiser. 

La trésorerie de l’entreprise, nouvelle bataille à mener

À distance, je pilote la trésorerie de l’entreprise qui, à Lyon, se confine aussi. Les instructions sont obscures, floues, changeantes. Il faut improviser. J’ordonne aux salariés de se mettre à l’abri le plus vite possible, par peur d’être un jour taxé d’avoir mal interprété la volonté inintelligible du pouvoir exécutif. 
En écoutant la radio, je comprends que je suis loin d’être seul à n’avoir pas compris ce que le Président avait dit. Il faut prendre ses responsabilités à sa place. 
Dans la pratique, on sait tous que le paquet de mer qui s’abat sur nous nous emmène vers des rivages inconnus, qui ne ressembleront en rien à ce que nous imaginions jusque-là. Mais il faut rassurer, faire bonne figure. Faire comme si on savait et comme si on n’avait pas peur du lendemain. 

L’effondrement du système, quelle bénédiction!

À titre personnel, le grand désordre qui s’annonce me convient bien. Je n’en pouvais plus, de cette routine élitaire où toute innovation est suspecte, fait ricaner, où l’étiquette de la Cour impose de faire le singe savant et de respecter une rhétorique désuète qui est, en France, la condition de la respectabilité. S’avancer en terra incognita me plaît, et même me rassure. 
Mais beaucoup ont peur et cherchent un cadre rassurant. Paris a perdu de nombreux habitants, qui s’entassent sur les routes ou dans les gares pour fuir la capitale. Un directeur de publication m’a écrit hier à minuit pour se féliciter d’être arrivé à La Rochelle après de nombreux embouteillages et ralentissements. Majoritairement, les Parisiens qui aiment l’ordre et la discipline collective, sont effarés de voir leurs murailles et leurs chemins de ronde dévastés par la contagion. Ils prennent la poudre d’escampette, comme en 40, au risque de disséminer encore plus le virus. 
Mon atavisme à moi est de ne pas partir. Ma grand-mère s’était toujours accrochée à son sol de franque salienne. Dans la famille, nous n’avons jamais pratiqué l’exode. Là où les problèmes se posent, nous restons pour les affronter. Le contraire ne nous effleure pas. 
Et puis quelle chance de renouveler les élites décadentes de ce pays, enfin. 

L’angoisse monte

Mais je suis bien seul à penser de cette façon. Partout l’angoisse monte, palpable. Un chef d’entreprise industrielle m’appelle. Un tiers seulement de ses effectifs est prêt à travailler. Le reste a peur. Les femmes pleurent ou retiennent difficilement leurs larmes en se demandant ce qui va leur arriver. 
Émission de radio de 11h à 12h, par téléphone car le confinement interdit désormais de bouger. Je sens ma chère présentatrice, ma préférée Valérie Expert émue par l’effondrement du monde. Elle n’est pas la seule dans cet état. Mais je vois aussi ma fille Astrée heureuse de partager du temps avec ses parents. Elle est minoritaire dans son cas.
Partout, la peur de tomber malade. Les vrais chiffres sur l’exposition des jeunes au risque létal sont difficiles à obtenir. J’interroge un interne qui me dit se moquer du nombre de morts, ne s’occuper que du nombre de malades sauvés dans son service. Pourtant il existe bien des cas de jeunes de 30 ans sans comorbidité connue qui décèdent en quelques jours, parfois, semble-t-il, en quelques heures, étouffés. 

Partout, l’appel à l’ordre

On sent que les premières scènes de barbarie arrivent. Le système tient encore. Comme me le garantit une directrice de maison de retraite du sud de la France, les personnels tiennent les remparts. Mais les premières scènes de pillage troublent. À Trappes, des jeunes ont pillé un magasin et attaquer les forces de l’ordre. Pour l’instant, il n’y a pas de pénurie, mais on sent qu’il suffirait d’un rien pour que tout dégénère.
Progressivement, les pouvoirs publics parlent. Les élections sont reportées au 21 juin. Le ministre de l’Agriculture explique que l’approvisionnement est assuré jusqu’en juillet. On comprend que la crise va durer, qu’elle excédera bien les quinze jours. 
Le manque de discipline dans le respect des consignes fait réagir vivement. L’exode des Parisiens exaspère les provinciaux qui craignent d’être contaminés. Le gouvernement est suspect de manquer d’autorité. 
Et toujours cette peur de mourir. Alors qu’en 1920, le pays qui sortait de la guerre avait encaissé des centaines de milliers de morts du fait de la grippe espagnole, cent ans plus tard, il ne veut pas endosser 500.000 morts du coronavirus. Alors on bloque tout, et on paralyse le pays. On le paiera par 65 millions de pauvres pendant au moins une décennie, qui seront prêts à toutes les aventures autoritaires. 
En réalité, dans les deux ou trois semaines, le Président recourra à l’article 16 de la Constitution et suspendra les libertés. On est déjà supposé indiquer pour quel motif on marche dans les rues aujourd’hui, si l’on rompt le confinement, même pour faire cinquante mètres. Personne n’a réagi à cette annonce : tout concourt à défendre l’ordre.
C’est une phase régressive. Je me souviens de l’essai de Jean-François Revel : comment les démocraties finissent, qui m’avait éveillé à la politique. Sa peur n’a jamais été aussi proche de se réaliser. 

CULTURE HISTORIQUE


De la part d'un lecteur

Un peu de culture historique, ce n'est pas ennuyeux !

Même instructif..!

Louis XIV n’a pris que deux bains dans sa vie : un le jour de son mariage et l’autre, la veille de sa mort. On a dû se demander si cela n’avait pas été la raison de sa mort !!! C’est qu’il a vécu fort longtemps pour l’époque, le vieux renard, 76 ans. et sans douche !

  Alors, to be clean or not to be? 

 Les dames faisaient pipi debout les jambes écartées, en raison de leur encombrantes jupes, ça devait quand même éclabousser sur leurs bas et chaussures, et on n’ajoute pas certaines périodes du mois.
  Les escaliers de Versailles servaient de latrines, on se soulageait là où on se trouvait, alors au 17e siècle aussi, on se parfumait beaucoup.`
  - On portait vêtements de satin et bas de soie, sans sous-vêtements. Les changeait-on souvent ?? That is the question....
  - Mais l’amour, étant toujours l’amour, les puanteurs, les maladies de peau, les poux et puces et punaises ne gênaient point les effusions. On se grattait mutuellement !!

  Ceci ne figure pas dans les manuels d'histoire.

  LE SAVIEZ-VOUS ?
  La prochaine fois que vous vous laverez les mains et que vous trouverez la température de l'eau pas vraiment agréable, ayez une pensée émue pour nos ancêtres. Voici quelques faits des années 1500 : 
 
 La plupart des gens se mariaient en juin, parce qu'ils prenaient leur bain annuel en mai et se trouvaient donc encore dans un état de fraîcheur "raisonnable" en juin. Mais évidemment, à cette époque, on commençait déjà à puer légèrement et c'est pourquoi la mariée tentait de masquer un tant soit peu son odeur corporelle en portant un bouquet. C'est à cette époque qu'est née la coutume du bouquet de la mariée. 

 Pour se baigner, on utilisait une grande cuve remplie d'eau très chaude. Le Maître de maison jouissait du privilège d'étrenner l'eau propre ; suivaient les fils et les autres hommes faisant partie de la domesticité puis les femmes et enfin les enfants... Les bébés fermaient la marche. À ce stade, l'eau était devenue si sale qu'il aurait été aisé d'y perdre quelqu'un.. D’où l'expression Jeter le bébé avec l'eau du bain !

  En ces temps-là, les maisons avaient des toits en paille, parfois même la maison n'était qu'un toit. C'était le seul endroit où les animaux pouvaient se tenir au chaud. C'est donc là que vivaient les chats et les petits animaux (souris et autres bestioles nuisibles), dans le toit. Lorsqu'il pleuvait, celui-ci devenait glissant et il arrivait que les animaux glissent hors de la paille et tombent du toit. D'où l'expression anglaise "It's raining cats and dogs" ("Il pleut des chats et des chiens"). 

 Pour la même raison, aucun obstacle n'empêchait les objets ou les bestioles de tomber dans la maison. C'était un vrai problème dans les chambres à coucher où les bestioles et déjections de toute sorte s'entendaient à gâter la literie. C'est pourquoi on finit par munir les lits de grands piliers afin de tendre par-dessus une toile qui offrait un semblant de protection. Ainsi est né l'usage du ciel de lit. Bien évidemment, les plus pauvres devaient s'en passer...

  À cette époque, on cuisinait dans un grand chaudron perpétuellement suspendu au-dessus du feu. Chaque jour, on allumait celui-ci, et l'on ajoutait des ingrédients au contenu du chaudron. On mangeait le plus souvent des légumes, et peu de viande. On mangeait ce pot-au-feu le soir et laissait les restes dans le chaudron. Celui-ci se refroidissait pendant la nuit et le cycle recommençait le lendemain. De la sorte, certains ingrédients restaient un bon bout de temps dans le chaudron...
  Les plus fortunés pouvaient s'offrir des assiettes en étain. Mais les aliments à haut taux d'acidité avaient pour effet de faire migrer des particules de plomb dans la nourriture, ce qui menait souvent à un empoisonnement par le plomb (saturnisme) et il n'était pas rare qu'on en meure. C'était surtout fréquent avec les tomates ce qui explique que celles-ci aient été considérées pendant près de 400 ans comme toxiques.

 Le pain était divisé selon le statut social. Les ouvriers en recevaient le fond carbonisé, la famille mangeait la mie et les hôtes recevaient la croûte supérieure, bien croquante.  Pour boire la bière ou le whisky, on utilisait des gobelets en plomb. Cette combinaison mettait fréquemment les buveurs dans le coma pour plusieurs jours !
  Et quand un ivrogne était trouvé dans la rue, il n'était pas rare qu'on entreprenne de lui faire sa toilette funèbre. Il restait ainsi plusieurs jours sur la table de la cuisine, où la famille s'assemblait pour boire un coup en attendant que l'olibrius revienne à la conscience : d'où l'habitude de la veillée mortuaire. 
 La Grande-Bretagne est en fait petite et à cette époque, la population ne trouvait plus de places pour enterrer ses morts. Du coup, on déterra des cercueils et on les vida de leurs ossements qui furent stockés dans des bâtiments ad hoc afin de pouvoir réutiliser les tombes. Mais lorsqu'on entreprit de rouvrir ces cercueils, on s'aperçut que 4 % d'entre eux portaient des traces de griffures dans le fond, ce qui signifiait qu'on avait enterré là quelqu'un de vivant.
  Dès lors, on prit l'habitude d'enrouler une cordelette au poignet du défunt reliée à une clochette à la surface du cimetière, et l'on posta quelqu'un toute la nuit dans les cimetières avec mission de prêter l'oreille. Et c'est ainsi que naquit là l'expression «sauvé par la clochette». 
  C'est une grenouille en marbre sculptée sur un bénitier à l'entrée de la cathédrale de Narbonne qui est à l'origine de l'expression imagée  ‘’grenouille de bénitier’’. 

  Qui a donc dit que l'histoire était ennuyeuse ?
                                           Il suffit de la ‘ débarbouiller ‘  …..!

jeudi 19 mars 2020

Les rubriques : activités et marchés du jour sont supprimées en raison des annulations généralisées.





Toutefois, pour occuper votre temps de confinement, vous pouvez adresser des articles, des histoires drôles ou des commentaires pour garder un contact avec l'extérieur ou créer une " chaine d'amitié".


Bon courage à tout le monde et rester vigilant.


Annulation de l'assemblée de l'APPA.

L'assemblée de l'APPA qui était prévue le samedi 28 mars est annulée et reportée à une date ultérieure


JEUDI 19 MARS

AUJOURD'HUI NOUS FÊTONS: Joseph, Giuseppe,  Jean-Joseph, Jef,  José, José-María,  Joseph-Marie, Josépha, Josèphe,Joséphine, Josette,  Josiane, Marie-Josèphe,  Sibylline, Youssef.

Les Joseph ont une forte personnalité. Ils ne se lancent dans un projet qu'après l'avoir bien étudié mais ils sont avides d'aventure. Ils sont cependant d'un naturel calme et ne se laissent pas dominer par la colère. Ils sont généralement solitaires.. 

DICTON DU JOUR: Le chaud à la Saint-Joseph, l’été sera bref.

CITATION DU JOUR: On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner.La Rochefoucauld.

DESSIN OU HISTOIRE DU JOUR:





CA S'EST PASSE UN 19 MARS:


19 mars 1314 : Suplice du grand maître des Templiers Jacques de Molay

Le 19 mars 1314, le grand maître des Templiers, Jacques de Molay, est supplicié à Paris.
Poursuivi par la vindicte du roi Philippe IV le Bel, il a été condamné à la prison à vie - ce qui équivaut bien souvent à la mort certaine -, mais dans un sursaut de courage, il se rétracte soudain devant une foule stupéfaite : «L’ordre est pur, il est saint : les confessions sont absurdes et menteuses…».
Voilà le grand maître relaps, l’archevêque de Paris ne peut que le livrer au bras séculier et au feu du bûcher. Qui s’embrasera le soir même dans l’île aux Juifs, à quelques centaines de mètres des tours massives de la cathédrale, au pied de l’actuel pont Neuf.

19 mars 1882 : Première pierre de la Sagrada Família à Barcelone

Le 19 mars 1882, est lancée la construction d'une nouvelle église à Barcelone, en Espagne. Rien d'extraordinaire a priori, mais le projet va évoluer et prendre une ampleur inattendue avec l'arrivée d'un jeune architecte visionnaire, Antoni Gaudí.
La Sagrada Família, éternel chantier, est devenue le symbole le plus éclatant de Barcelone et de la Catalogne. Quant à Antoni Gaudí, il s'épanouira dans l'Art nouveau, l'un des derniers mouvements artistiques pan-européens.

19 mars 1962 : Cessez-le-feu en Algérie

Le 19 mars 1962, à midi, un cessez-le-feu met fin à huit ans de guerre en Algérie. Le 8 avril précédent, un référendum a ratifié à plus de 90% la décision du général de Gaulle de donner l'indépendance à l'Algérie.
La veille, à Évian, le gouvernement français a cédé au GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne) ses pouvoirs sur l'Algérie et le Sahara... Les violences se poursuivent néanmoins après le cessez-le-feu et l'indépendance, effective le 3 juillet. Les Européens quittent le pays dans la confusion...

19 mars 2013 : Démission du ministre Jérôme Cahuzac

L'affaire Cahuzac, qui n'est pas encore entrée dans les livres d'Histoire, devrait tenir un rang très élevé dans les scandales de la République française. Elle survient alors que le gouvernement socialiste du président François Hollande peine à sortir le pays de l'ornière et ne propose rien de mieux qu'un alignement sur les injonctions allemandes («rigueur et austérité» à tous les étages).
Le ministre du budget Jérôme Cahuzac (60 ans), responsable du tour de vis fiscal, est contraint à la démission le 19 mars 2013 et avoue deux semaines plus tard avoir menti à tout le monde, y compris au Président et aux députés, sur ses comptes cachés à l'étranger.
Cette révélation apparaît à l'opinion publique comme une trahison morale et, pire encore, met en lumière l'absence d'autorité et le manque de maîtrise du président de la République. Les Français sont gagnés par l'impression que le pays n'est plus dirigé alors qu'une tornade économique menace de l'emporter. Tous les ingrédients d'une crise politique majeure sont réunis, avec, fait aggravant, de possibles répercussions sur la zone euro, elle-même déjà fortement secouée...


BUZIN ALLUME LA MECHE.


Libération 18 mars 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique

Buzyn allume la mèche

Par Laurent JOFFRIN

La dépression est mauvaise conseillère. La dépression post-électorale tout autant. Du coup, les confessions inouïes d’Agnès Buzyn aux journalistes du Monde deviennent un objet politique cruel et fascinant, à tel point qu’on éprouve envers cette candidate déconfite plus de tristesse que d’indignation. Si nous n’étions plongés dans des circonstances dramatiques, elles auraient déclenché un tsunami politique, seulement freiné par le souci d’ajouter une tourmente publique au malheur qui frappe le pays. Leur incohérence même signe l’abattement d’une femme honorable qui voit ses espérances les plus fortes réduites en poussière et qui, selon sa propre formule, «ne sait plus quoi faire de sa vie».
C’est la version tragique du «en même temps». La ministre de la Santé affirme qu’elle a senti dès le début la gravité de la crise. Mais, en même temps, elle a déclaré à la radio qu’il ne fallait pas s’inquiéter, que le virus né en Chine n’atteindrait pas nos contrées. Elle estime qu’elle a préparé son ministère à affronter le fléau mais, en même temps, elle le quitte aux premiers signes de la tempête pour courir après une fonction politique prestigieuse. Elle juge que les municipales ne pourront avoir lieu mais, en même temps, elle s’y jette avec de hautes ambitions. Elle mène une campagne apaisée mais, en même temps, elle avoue ressentir la peur à chaque meeting et se dit «dissociée». On comprend la fureur mal contenue des responsables LREM et l’embarras palpable du Premier ministre et de son gouvernement, qui n’avaient pas besoin de cette polémique au milieu d’un ouragan sanitaire.
Ces propos doivent sans doute autant à l’amertume de la défaite qu’à la raison raisonnante. Ils posent néanmoins des questions inévitables. Les réponses viendront une fois la bataille livrée : on ne harcèle pas le général au milieu du combat. Mais Agnès Buzyn a allumé une mèche qui ne s’éteindra pas et peut conduire à une explosion au moment du bilan. Il faut les formuler.

Le gouvernement, comme le laisse entendre l’ancienne ministre de la Santé, a-t-il sous-estimé le danger quand il est apparu ? Il s’en défend et se retranche derrière les avis des scientifiques. La chose n’est pas invraisemblable : après tout, la science ne sait pas tout et les responsables doivent parfois – souvent ? – prendre leurs décisions derrière un «voile d’ignorance».

Mais est-ce cela qui explique la pénurie de masques protecteurs partout relevée, notamment par les médecins qui en ont un besoin crucial ? Pourquoi, alors que l’OMS prescrit aux autorités du monde entier de «tester, tester, tester», en a-t-on fait si peu au moment où il fallait détecter les premières personnes contaminées pour les isoler ?
Pourquoi la France compte-t-elle un nombre insuffisant d’appareils de réanimation ? Imprévoyance, ou bien pénurie mondiale inévitable quand le nombre des malades s’accroît partout à grande vitesse ? Et surtout, fallait-il résister ainsi aux demandes véhémentes de l’ensemble du personnel hospitalier qui manque d’effectifs, de fonds et de matériel et doit maintenant pallier les carences par un trésor de courage et de dévouement ? Question plus large et éminemment politique, qui touche au rôle des services publics dans une société fragile, mais question tout aussi brûlante.

C’est la deuxième fois en tout cas qu’une candidature LREM à la mairie de Paris explose en vol, Buzyn après Griveaux. On se souvient aussi du cas étrange de Nathalie Loiseau, discréditée par le même genre de propos post-électoraux. Après le dégagisme, l’autodégagisme. La politique est un théâtre de la cruauté, mais elle est aussi un métier, qui exige une maîtrise hors du commun. Certains éloges de l’amateurisme, certaines apologies de la nouveauté et de la mise au rancart de l’expérience, ne sont décidément plus de saison.