mardi 28 janvier 2020

LA BANDE DE MÖBIUS



La bande de Möbius des mots présidentiels 


Nous savons à quel point le langage est une bande de Möbius. Par effet spéculaire, il se retourne. C’est ainsi que les récents propos du Président de la République viennent de le pointer d’une façon stupéfiante. Et particulièrement inquiétante

Dans la manifestation du vendredi 24 janvier © MD

Il y a deux ans, bien avant les Gilets Jaunes, un article paru dans l’Humanité, signé Jean Ortiz (1), posait un regard affuté sur la situation française, six mois après l’installation de Macron au pouvoir. « Tous les ingrédients sont réunis d’une dictature de l’argent par une petite caste de nababs sans scrupules » écrivait-il. L’article s’intitulait : « Vivrions-nous dans une dictature qui tairait son nom ? » et se concluait ainsi : « Osons « penser mal » : ce que nous vivons ressemble de plus en plus à l’étouffement mielleux de toute pensée critique, par une dictature feutrée qui sait parfaitement qu’il lui faut taire son nom. »
Deux ans plus tard, Macron s’exclame : « Mais allez en dictature ! Une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c'est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c'est cela, essayez la dictature et vous verrez ! La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en démocratie un principe fondamental : le respect de l'autre, l'interdiction de la violence, la haine à combattre. » Ce sont donc les mots précis d’Emmanuel Macron, dans un sophisme du pire. (2)
Quoique l’on pense du Président, cet homme ne s’exprime jamais au hasard. Son intelligence est aigüe, affutée ; sa culture réelle et plus que solide. Lui dénier cela serait une erreur profonde. Mais qu’importe ce qu’il sait ou non de Lacan, de la psychanalyse. Car il reste que la bande de Möbius de ces mots, dans ce cas très particulier, se retournent contre celui qui les prononce. 
Dire « une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois » est un énoncé qui interroge dans le contexte français actuel. Car un régime (la Vè République), une personne (le chef de l’État), un clan (celui d’une majorité parlementaire totalement aux ordres durant une législature) y décident des lois… Mais, dira-t-on à raison pour abonder dans le sens du Président en reprenant ses mots, il est juste qu’« une dictature, c'est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. » Dans la France de la Vè République, on change les dirigeants. Mais de quels dirigeants parle-t-on ? Car nous avons ce jeu de marionnettes depuis des décennies, où il ne s’agit plus d’un choix de programme et de société : seulement de faire barrage à l’extrême droite, à deux reprises. Ou bien de confier un vote entre les mains de dirigeants qui trahissent leurs promesses, du Chirac et sa « fracture sociale » à Hollande et son « ennemi c’est la finance ». Sans parler de Mitterrand et son virage libéral de 1982, tournant le dos aux engagements de 1971 (Congrès d’Epinay), de 1972 (le Programme Commun), de 1981 (le slogan « Changer la vie »)
Ainsi, depuis 1982, tout change (?) pour que rien ne change dans la dérive libérale autoritaire dont Macron est la phase ultime. Car les vrais dirigeants sont ailleurs : dans le monde de la finance et de l’Europe libérale réunis, relayés par les petits et grands commis, ces missi dominici politiques et médiatiques féroces. Nous sommes donc face à un mur d’une dictature particulière mais clairement identifiée.
Dans ce cadre de peau de chagrin démocratique, la violence tient la Une. Après avoir condamné celle d’une intrusion au siège de la CFDT (dont les images montrent que ce fut plus bon enfant et bien moins dur qu’on le dit), sans avoir jamais condamné les violences des éborgnements et autres graves blessures, le Président affirme : « celles et ceux qui portent cette violence, celles et ceux qui, avec cynisme quelquefois, l'encouragent, celles et ceux qui taisent tout reproche qu'il faut avoir oublient une chose très simple : nous sommes une démocratie. » 
Or cette phrase aussi se retourne totalement. Écoutons-là du point de vue du gréviste évacué avec une force brutale, accusé de faute professionnelle voire de sabotage du seul fait d’être en grève. Écoutons-là du point de vue du manifestant inquiet de voir ses droits constitutionnels menacés, car se retrouvant nassé, gazé, voire chargé. Écoutons-là du point de vue du Gilet Jaune éborgné, mis en garde à vue sans raison juridique, traîné devant les tribunaux pour « port d’arme par destination » imaginaire, condamné lourdement pour des motifs ténus (si vous n’en êtes pas convaincu, allez voir les attendus des innombrables procès !) Alors il est clair que «  celles et ceux qui portent cette violence » se trouvent du côté du pouvoir. 
De plus, ces derniers mots n’évoquent en rien la responsabilité de ce pouvoir dans la montée des tensions, dans le refus - durant plus d’un an - de reconnaître, sans même parler de stopper, les violences policières, comme dans l’absence de tout dialogue et le remplacement de la négociation par une pseudo concertation.
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Ancrés dans notre contexte à vif, les paroles du Président sont graves, très graves. Elles ne sont en rien celles du rassemblement : le « rassembleur » ment. Pire : cette fois, il donne un poids politique très fort, articulé à l’idée des « deux camps » jeté à la figure d’une citoyenne en colère par un Préfet de police méprisant. Il divise au risque réel, inévitable, conscient, d’avoir formulé à vif la vision macroniste. Déjà annoncée dans son livre programmatique, « Révolution », elle se retourne contre l'idée même véhiculée par le titre - car c'est d'une contre-révolution qu'il s'agit. Déjà exprimée dans la version anxiogène d’entre les deux tours de la présidentielle de 2017 - « moi ou le chaos » - cette assertion n’est plus opératoire : c’est bien sa politique, libérale autoritaire, favorable aux seuls super-riches, qui précipite le chaos. 
« Mais il y a en démocratie un principe fondamental : le respect de l'autre, l'interdiction de la violence, la haine à combattre. » C’est juste en soi. Or ce respect n’est plus assuré par les forces du désordre, cette violence est celle des rapports sociaux capitalistes et cette haine de classe des macronistes s’étale ad nauseam partout, y compris sous des dehors de chattemite de discours ministériels aussi mensongers que lénifiants et profondément pervers. 
Retour de la lutte de classe ? Non : exacerbation et mise à nu de ce qui n’a cessé d’exister, de sourdre, d’être nié - et qui explose à la face d’une société hébétée par la violence de la classe dirigeante. Dans un contexte où, éventuellement, le seul parallèle historique pourrait être la situation politique de 1850-1851, juste avant le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, ce premier Président de la République élu au suffrage universel. 
Alors ? Il est temps de revenir aux fondamentaux, déjà exprimés par Dom Helder Camaraen son temps - et d’une brûlante actualité : « Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » 
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(2) Article de « 20 minutes » (24 janvier 2020)

lundi 27 janvier 2020

LUNDI 27 JANVIER

AUJOURD'HUI NOUS FÊTONS : Angèle, Angy, Vitalien, Manfred.

Les Angèle sont des femmes pétillantes de vie et d'intelligence, qui recherchent la nouveauté et le changement. Elles sont très sociables et adorent faire la fête avec leurs amis. Leur principal défaut est peut-être la superficialité. Elles ont un peu trop tendance à changer sans cesse d'objectif sans prendre la peine de les mener à leur terme. Très indépendantes, elles ne s'attachent jamais très longtemps ni durablement, même si elles détestent la solitude.

Saint-Patron et intercesseur du jour:

Sainte Angèle Merici patronne des jeunes mères de famille. 


Célébrations & évenements du jour:
. Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité
. 27 janvier : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste (UNESCO)
Extrait:http://www

DICTON DU JOUR: Neige de Saint-Babylas, bien souvent on s'en lasse.

CITATION DU JOUR: Pour être grand, il faut avoir été petit

La Chanson de Guillaume.

DESSIN OU HISTOIRE DU JOUR: 



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Vous n'êtes pas responsables de la tête que vous avez,

mais vous êtes responsables de la gueule que vous faites.

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MARCHES DU JOUR:




CA S'EST PASSE UN 27 JANVIER:


27 janvier 1945 : Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau

Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques découvrent le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, à l'ouest de Cracovie (Pologne). Elles sont accueillies par 7000 détenus survivants et ont la révélation de la Shoah. Les journaux du lendemain restent néanmoins muets sur cet événement et l'opinion publique mondiale ne prendra la mesure de la tragédie que bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale...
Naissance de  Wolfgang Theophilus Mozart

27 janvier 1756 à Salzbourg (Allemagne) - 5 décembre 1791 à Vienne (Autriche)
Né dans la famille du maître de chapelle de l’archevêque de Salzbourg, une petite principauté allemande, Mozart révèle très jeune des dons exceptionnels pour la musique. Son père l’emmène en tournée dans les principales cours d’Europe. Il joue devant la marquise de Pompadour, maîtresse de Louis XV, comme devant l’impératrice Marie-Thérèse.
Établi à Vienne, le «divin» Mozart compose à satiété des œuvres instrumentales et des opéras qui continuent d’embellir notre quotidien. Son existence météorique a été restituée au cinéma par Milos Forman sous le titre Amadeus (variante du surnom Amadeo, Aimé de Dieu en italien, qui lui avait été attribué de son vivant).


Naissance de Eugène Viollet-le-Duc

27 janvier 1814 à Paris - 17 septembre 1879 à Lausanne (Suisse)
Biographie Eugène Viollet-le-Duc
Fils d'un conservateur des résidences royales, l'architecte Eugène Viollet-le-Duc consacre sa longue carrière au sauvetage et à la réhabilitation du patrimoine médiéval que le succès du roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris a mis à la mode.

Intervenant sur d'innombrables monuments civils, militaires et surtout religieux, il va modeler notre vision du Moyen Âge par ses restaurations audacieuses et parfois contestables..






Décès de Fédor Dostoïevski

30 octobre 1821 à Moscou (Russie) - 27 janvier 1881 à Saint-Pétersbourg (Russie)
Fédor Dostoïevski, l'auteur de Crime et châtiment, est l'un des romanciers russes les plus populaires. Ses funérailles rassemblèrent des centaines de milliers d'admirateurs.

Décès de Louis de Funès

31 juillet 1914 à Courbevoie - 27 janvier 1983 à Nantes
Ce descendant d'une famille de l'aristocratie espagnole est devenu l'un des plus talentueux comiques français.

LIBERATION DU CAMP D'AUSCHWITZ-BIRKENAU.

27 janvier 1945

Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau


Le 27 janvier 1945, tout en repoussant devant elles la Wehrmacht, les troupes soviétiques découvrent le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, à l'ouest de Cracovie (Pologne), aujourd'hui le plus emblématique des camps nazis. Accueillies par 7000 détenus survivants, elles ont la révélation de la Shoah.

Camp de concentration classique devenu plus tard camp de travail forcé et camp d'extermination immédiate, destination principale des juifs de France, Auschwitz a pris une place centrale dans l'histoire de la Shoah, au point de fausser la vision que l'on peut en avoir.

Il a fait oublier que la majorité des cinq millions de victime juives ont été exterminées par d'autres moyens que le gaz (famine, mauvais traitements et surtout fusillades de masse).

André Larané
Auschwitz (propos d'un écrivain hongrois)

Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, le 27 janvier 1945


« Cessez enfin de répéter qu'Auschwitz ne s'explique pas, qu'Auschwitz est le fruit de forces irrationnelles, inconcevables pour la raison, parce que le mal a toujours une explication rationnelle. Écoutez-moi bien, ce qui est réellement irrationnel et qui n'a pas vraiment d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien. »
Imre Kertész, écrivain hongrois, déporté à Auschwitz en 1944, prix Nobel de Littérature 2002, Kaddis a meg nem született gyermekért (Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas)

Un camp de concentration devenu camp d'extermination


Auschwitz (Oświęcim en polonais) se situe dans le gau de Haute-Silésie, dans le « Nouveau Reich », autrement dit dans une région polonaise annexée à l'Allemagne et non pas dans le « Gouvernement Général de Pologne » destiné à recevoir les Juifs et autres Polonais.

Le camp est aménagé le 30 avril 1940 dans une ancienne caserne pour incarcérer les résistants polonais. Son commandement en revient à Rudolf Höss, lieutenant-colonel SS de 39 ans. Il a fait ses classes à Dachau, dans la banlieue de Munich, un camp ouvert dès 1933 pour recevoir les opposants politiques, selon des modalités qui, à l'époque, ne paraissaient pas spécialement horrifiques (les premiers camps n'avaient-ils pas été créés par les Anglais à l'occasion de la guerre des Boers ?).

C'est cependant à Dachau qu'est instauré le système des « kapos », des détenus de droit commun sélectionnés pour leur brutalité et chargés de surveiller les autres prisonniers et de les faire travailler. S'ils ne se montrent pas assez efficaces et donc brutaux, les SS qui dirigent le camp les déchoient de leur statut et les renvoient parmi les détenus ordinaires, ce qui équivaut pour eux à une mise à mort généralement horrible dans la nuit qui suit.

À Dachau, Höss découvre l'effet palliatif du travail sur les détenus. Fort de cette expérience, il va reproduire au-dessus de la grille d'entrée d'Auschwitz la devise cynique de Dachau : Arbeit macht frei (« Le travail rend libre »).

En attendant, il accueille trente criminels allemands destinés à devenir des kapos. Les premiers détenus politiques, des Polonais, arrivent le 14 juin 1940. Ils doivent construire les baraquements dans lesquels ils seront amenés à s'héberger.

Entrée du camp d'Auschwitz

Auschwitz et le travail forcé


À la fin de l'année 1940 est construit à Auschwitz le Bloc 13, plus tard rebaptisé Bloc 11 : ce bâtiment de briques rouges semblable aux autres est voué à la torture des détenus récalcitrants ou malchanceux. Il n'empêche qu'à cette date, les détenus d'Auschwitz comme des autres camps peuvent encore avoir l'espoir d'être relâchés suivant le bon vouloir du régime.

En septembre 1940, Oswald Pohl, chef de l'Office économique et administratif central SS, visite le camp et décide de l'associer à l'exploitation des carrières voisines. Il s'agit, dans l'esprit de Himmler, que la SS, chargée de l'administration des camps, « entre dans les affaires » avec ses propres entreprises.

Mais le camp, situé dans une région très industrialisée, attire aussi l'attention du conglomérat chimique I.G. Farben, qui se propose de construire à proximité une usine de caoutchouc de synthèse. En définitive, les dirigeants SS mettent leur main-d'œuvre servile au service de l'industriel, contre rémunération.

Le 1er mars 1941, Himmler en personne visite le site d'Auschwitz et annonce un triplement prochain de sa capacité, de 10 000 à 30 000 détenus.

Dans le même temps, l'invasion de l'URSS amène à Auschwitz de nombreux détenus soviétiques, commissaires politiques ou autres. Pour réprimer les tentatives d'évasion de ceux-ci comme des Polonais, Höss procède de manière brutale : chaque évasion donne lieu à la sélection d'une dizaine de détenus dans le bloc de l'évadé et les malheureux sont enfermés dans le Bloc 11 pour y mourir de faim.

Maximilien Kolbe (7 janvier 1894, Zduńska Wola, Pologne ; Auschwitz, 14 août 1941)Parmi eux le prêtre polonais Maximilien Kolbe qui s'est porté volontaire à la place d'un père de famille ; assassiné le 14 août 1941 d'une piqure de phénol après avoir vu mourir de faim tous ses compagnons de misère, il sera canonisé en 1982.

Le 28 juillet 1941, Auschwitz, à l'imitation d'autres camps, se débarrasse de ses détenus les plus malades en les envoyant dans un hôpital allemand... en vue d'y être « euthanasiés » au monoxyde de carbone, selon la méthode déjà employée contre les handicapés mentaux.

Pendant ce temps se poursuit à l'Est l'avance fulgurante de la Wehrmacht.

Le 25 septembre 1941, le Haut commandement de l'armée de terre allemande (OKW) donne l'ordre de transférer au Reichsführer SS (Himmler) 100 000 prisonniers de guerre soviétiques.

Et le lendemain est prise la décision de construire à Brzezinka (Birkenau), sur un terrain marécageux de 170 hectares, à trois kilomètres d'Auschwitz, un gigantesque camp destiné à les accueillir.

Un contingent de dix mille prisonniers arrive aussitôt et se voit assigné la construction des baraquements dans des conditions de vie épouvantables, au point qu'il ne reste que quelques centaines de survivants au bout de quelques semaines.

Ces prisonniers sont les premiers à se faire tatouer le matricule - sur la poitrine puis sur le bras - au lieu de le porter sur une plaque accrochée au cou. Le tatouage va demeurer une spécificité d'Auschwitz.
Mais les Soviétiques, si durs soient-ils, ne résistent pas longtemps aux mauvais traitements et beaucoup meurent d'épuisement... 

Auschwitz et les Juifs

Début 1942, pour combler les vides dans un camp prévu pour plus de cent mille déportés, Himmler décide d'envoyer à Auschwitz essentiellement des Juifs. Ceux qui survivront au travail forcé, aux épidémies et à la terreur seront de toute façon exécutés.
À Auschwitz II (Birkenau) sont conduits les déportés destinés à une mort immédiate ou devenus inaptes au travail. Ils sont au début, comme dans les autres camps d'extermination, asphyxiés par les gaz d'échappement d'un camion, dans les bois jouxtant le camp. 
Un troisième camp (Auschwitz III) reçoit, comme Auschwitz I, les prisonniers destinés au travail forcé, essentiellement chez IG Farben.

Auschwitz, au bout de l'horreur

Fours crématoires du camp d'Auschwitz-BirkenauEn août ou septembre 1941, Fritzsch, adjoint de Höss, a assisté à une opération de désinsectisation près du camp, avec des cristaux d'acide prussique ou cyanhydrique (cyanure) dénommés Ziklon (« cyclone ») Blausaüre (« bleu de Prusse »). Il s'agit de cristaux verts qui se gazéifient spontanément au contact de l'air !
Il suggère d'utiliser ce même Ziklon B contre les « indésirables », à commencer par les malades et les commissaires soviétiques). Des essais sont entrepris dans le Bloc 11, que Fritzsch et Höss jugent concluants.
L'année suivante, Höss décide de généraliser la méthode. À l'automne 1942, il fait construire pour cela quatre chambres à gaz capables de contenir chacune 2 000 victimes.


Fours crématoires du camp d'Auschwitz-Birkenau ; les chambres à gaz sont au niveau du solUn industriel lui fournit par ailleurs autant de fours crématoires pour brûler au plus vite les cadavres de déportés. 
Ces fours doivent tout à la fois éliminer les corps, qui étaient au début ensevelis dans des fosses communes, et lutter contre une épidémie de typhus qui sévit dans le camp et affecte les gardiens autant que les déportés.
Du fait de ces équipements surdimensionnés qu'il faut bien utiliser, Auschwitz va devenir à partir du printemps 1943 le principal lieu d'extermination des Juifs. À cette date, notons-le, environ 80% des victimes de la Shoah ont déjà été tuées.
Vers Auschwitz vont être envoyés en particulier les déportés français, à partir du camp de transit de Drancy, au nord de Paris.
Le camp, où sévissent 3 000 SS, va connaître une pointe d'activité à la fin de la guerre, au printemps 1944, avec l'extermination précipitée de 400 000 Juifs de Hongrie, ces malheureux étant gazés et brûlés au rythme de 6 000 par jour.
Un médecin nazi examine les arrivants au camp d'Auschwitz-Birkenau et sépare ceux qui doivent être gazés de ceux qui doivent d'abord travailler

L'indicible vérité

En définitive, Auschwitz apparaît comme le seul camp où l'extermination a été pratiquée de façon industrielle. Un médecin diabolique, Josef Mengele, s'y est rendu par ailleurs célèbre en pratiquant des expériences insoutenables sur les déportés à des fins scientifiques.
Rudolf Höss avant sa pendaison (25 novembre 1900, Baden-Baden - 16 avril 1947, Auschwitz)À leur arrivée, les convois de déportés faisaient l'objet d'une sélection sur la « rampe juive », située entre le camp principal et Auschwitz-Birkenau : les uns, généralement les moins valides, étaient immédiatement gazés et leurs cadavres brûlés ; les autres étaient envoyés aux travaux forcés dans les chantiers ou les usines du complexe, après avoir été tatoués.
Rappelons qu'Auschwitz est aussi le seul camp où les déportés destinés aux travaux forcés avaient le bras tatoué du matricule qui devenait leur seule identité officielle.
Environ un million cent mille Juifs sont ainsi morts à Auschwitz-Birkenau, auxquels s'ajoutent environ 300 000 non-Juifs.
Les journaux du lendemain de la libération du camp par les Soviétiques sont restés néanmoins muets sur cet événement et les services de propagande soviétiques ont présenté les pitoyables survivants du camp comme des victimes du fascisme sans faire allusion à leur judéité. L'opinion publique mondiale n'a pris la mesure de la tragédie que bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À la suite des procès de Nuremberg, Rudolf Höss, le metteur en scène d'Auschwitz-Birkenau, a été jugé, condamné et pendu sur les lieux de ses forfaits sans un instant émettre un quelconque regret.
Oświęcim est aujourd'hui une ville polonaise presque ordinaire de 40 000 habitants.